De l’apprentissage à la formation

 

Ecrit par Philippe Carré, ce dossier est un plaidoyer pour une nouvelle approche de l’apprentissage qu’il confronte aux conceptions anciennes de la formation. Il y formule une vision critique de l’image classique de la formation et tente de démontrer l’impératif de rendre la priorité à l’apprentissage. Dans un second temps, il souhaite démontrer l’utilité de dépasser les postures et postulats pour parvenir à élaborer une nouvelle psychopédagogie des adultes qui tiendrait compte à la fois de la psychologie des apprentissages et de la pédagogie des adultes.

L’auteur fait le constat d’une « erreur pédagogique » fondamentale  consistant en une confusion entre les termes formation et apprentissage. Si le processus de formation nécessite l’intervention d’autrui dans le développement des compétences d’un tiers, l’apprentissage relève d’un processus psychologique interne dont l’apprenant est l’élément central.  La confusion (subsomption) entre les deux concepts induit un manque de pertinence et d’efficacité des processus de formation.

Il souligne en outre qu’un acte de formation nécessite des actes d’apprentissages soumis à l’épreuve du réel pour être transformés en compétence et que cette compétence ne signifie pas directement performance. Par cette idée, il met en évidence l’idée que la formation n’est pas une finalité pour régler les problèmes sociaux mais l’outil pour y parvenir.

Or, selon lui, les schémas classiques sont imprégnés d’une vision scolaire en décalage avec l’époque actuelle. Il démontre au cours de l’évolution des courants de pensée des sciences de l’éducation, les insuffisances ou les imperfections des différentes théories, tout en soulignant leur évolution vers les sciences actuelles de l’éducation, et en particulier le courant « andragogique ».  L’évolution des théories et les différents courants de l’apprentissage se sont tous concentrés sur la manière qu’a un adulte d’apprendre. Les travaux de l’andragogie complètent et renforcent l’essor d’une psychopédagogie des adultes. Sans opposer les deux, selon l’auteur, une synthèse est possible à condition de  dépasser les postures pour dégager une conception plus large et ouverte des spécificités de l’apprentissage de l’enfant jusqu’à l’adulte.

Il part d’un postulat : un apprentissage est nécessairement et indissociablement à la fois individuel et social : « on apprend seul, mais jamais sans les autres ». A partir de ce postulat il relève trois paramètres essentiels : l’intégration de nouveaux savoirs exige la mise à jour de savoirs antérieurs avant l’assimilation de nouvelles données (facteurs cognitifs). La motivation influe puissamment sur la compréhension (facteurs conatif). Les stratégies d’autorégulation de l’apprenant contribuent à sa réussite. Il en déduit la notion d’agentivité, c’est-à-dire le pouvoir d’agir du sujet comme caractéristique essentielle de l’efficacité. L’agentivité n’existe qu’au milieu d’un tissu social ou environnemental. Elle n’opère pas « hors sol ».

De cette agentivité, il pense pouvoir permettre la facilitation de l’apprentissage par le moyen de la pédagogie de la facilitation construite à partir des connaissances du sujet, motivé et autorégulé et de la nouvelle psychopédagogie des adultes, une science à re-découvrir pour mettre en évidence les relations entre psychologie des apprentissages et pédagogie des adultes.